Thomas Edison ou la quête des sonorités de l’âme

Nous sommes le 11 mars 1878, dans l’amphithéâtre de l’Académie des Sciences. Tous les yeux sont rivés sur une curieuse invention : le phonographe, de Thomas Edison. Le physicien Théodose du Moncel, assisté du représentant de la société Edison en Europe, s’apprête à faire entendre les prouesses de l’appareil. Camille Flammarion fait partie de l’assistance. Il raconte : « L’appareil se mit docilement à réciter la phrase enregistrée sur son rouleau. Alors, on vit un académicien d’un âge mûr, l’esprit pénétré, saturé même, des traditions de sa culture classique, se révolter noblement contre l’audace du novateur, se précipiter sur le représentant d’Edison et le saisir à la gorge en s’écriant « Misérable ! » Nous ne serons pas dupes d’un ventriloque ! Ce membre de l’académie s’appelait Monsieur Bouillaud ».

Selon le vieil académicien, la voix perçue par l’assistance n’était donc qu’une illusion d’acoustique. Pareille confusion venait démontrer que les prouesses de la machine parlante d’Edison étaient capables de susciter un trouble inédit : le phonographe faisait littéralement entendre des voix et, par ce fait même, il était « structurellement hallucinogène » puisqu’il plaçait l’auditeur forcément surpris en position de délirer.

Thomas Edison, tout le monde le connaît, c’est l’ingénieur au plus de mille brevets, l’inventeur, en plus du phonographe, de la lampe à incandescence, de la pile alcaline et de la chaise électrique. Mais ce que l’on sait moins, c’est que Thomas Edison mena aussi pendant les dix dernières années de sa vie des expériences autour des phénomènes spirites. Il chercha notamment à construire ce qu’on pourrait appeler un « nécrophone », c’est-à-dire un appareil capable d’enregistrer les sons ou les voix des morts….

 

LA CONVERSATION SCIENTIFIQUE - FRANCE CULTURE - 26/09/2015